Dans cette dernière édition de la Note économique, nous examinons les dernières Perspectives de l'économie mondiale du FMI et les raisons de la baisse de la croissance à moyen terme. Nous nous rendons ensuite en Allemagne pour couvrir ses troubles politiques avant de traverser le Rhin pour comprendre l'effondrement du gouvernement français. Nous vous invitons à vous y plonger.
Le FMI a récemment publié son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales. L'une de ses principales conclusions mérite d'être rappelée ici : si la croissance économique mondiale semble stable à court terme, elle se ralentit à moyen terme. En effet, par rapport à la période 2000-2019, où la croissance mondiale moyenne était d'environ 4%, la croissance prévue pour la période 2024-2029 est inférieure de 0,5 point, ce qui n'est pas négligeable au niveau mondial.
Croissance économique : stable à court terme, plus faible à moyen terme

Sources : Accuracy, FMI Accuracy, FMI
Les raisons de ces perspectives plus sombres, avec un ralentissement qui pourrait s'amorcer prochainement, sont multiples et notamment liées à diverses zones d'incertitude : hausse possible des prix du pétrole ; conditions financières potentiellement plus strictes, que ce soit en termes de disponibilité du crédit ou de dynamique des marchés de capitaux ; restrictions accrues des flux migratoires ; augmentation des droits de douane. Notez que deux de ces points sont directement issus de la feuille de route de Trump. Le FMI estime que l'ensemble de ces facteurs pourrait avoir un impact de 1,5 point sur la croissance économique mondiale en 2026.
Mesurer les principaux risques pour la croissance mondiale

Sources : Accuracy, FMI Accuracy, FMI
Venons-en à l'Allemagne. La plus grande économie d'Europe traverse une période de turbulences politiques, Olaf Scholz ayant perdu sa majorité au Bundestag. En effet, la préparation du budget 2025 a mis en évidence certaines contradictions insoutenables pour sa coalition au pouvoir. Si les politiques en faveur de l'Ukraine et du réarmement semblent faire l'objet d'un consensus, d'autres le sont moins. Le SPD cherche à maintenir un niveau décent de protection sociale. Les Verts voulaient poursuivre leurs politiques de lutte contre le changement climatique. Quant au FDP, il souhaitait maintenir une certaine rigueur budgétaire. Malheureusement pour M. Scholz, ces objectifs se sont révélés incompatibles avec la croissance économique hésitante du pays. Les partis n'ont pas trouvé de compromis, le FDP s'est retiré de la coalition et Scholz a perdu un vote de défiance. Les Allemands se rendront aux urnes le 23 février pour élire un nouveau Bundestag et tenter de sortir de l'impasse.
Allemagne : incertitude économique croissante et baisse de la confiance des entreprises

Sources : Accuracy, Macrobond
Ce bourbier se traduit par une incertitude économique croissante et une perte de confiance des entreprises. Quatre maux économiques frappent le pays : la montée du nationalisme économique parallèlement à la fragmentation de l'économie mondiale ; le changement de statut de la Chine, de client à concurrent puis à fournisseur indispensable ; l'augmentation du coût de l'énergie, une considération majeure pour un pays doté d'une base manufacturière aussi importante ; et les lacunes cumulées en matière d'investissement intérieur et de réformes structurelles. Un tournant s'impose si le pays veut sortir de son trou.
En franchissant la frontière française, nous trouvons un pays qui se trouve lui aussi dans une situation difficile. Comme son voisin, il peine à faire approuver son budget pour 2025. L'exécutif et le législatif s'opposent sur les budgets de l'État et de la protection sociale, à tel point que le précédent gouvernement de Barnier s'est effondré. L'Assemblée nationale est fracturée, sans majorité claire, et la recherche d'un compromis semble hors de portée de tous. Il n'est pas déraisonnable de se demander si la France parviendra à boucler un budget 2025 ! En attendant, le budget 2024 sera reconduit chaque mois jusqu'à ce qu'un nouveau budget soit voté...
Les marchés financiers suivent cette situation de près. Les emprunts d'État à long terme de la France ont perdu de leur éclat et leurs rendements sont désormais équivalents à ceux des anciens enfants à problèmes (du moins sur le plan économique) de l'Union européenne : Grèce, Italie, Espagne et Portugal. Mais les Français sont loin d'être les seuls dans ce cas ; de nombreux pays doivent se méfier de l'équilibre entre les déficits publics et les taux d'intérêt à long terme...
Les longs rendements français se perdent dans le creuset méditerranéen

Sources : Accuracy, Macrobond