Par Nicolas Darbo, associé, Accuracy
Pendant longtemps, les banques numériques ont concentré leurs efforts sur l'acquisition du plus grand nombre de clients possible. Certaines ont connu un grand succès, comme Revolut, qui compte aujourd'hui plus de 50 millions de clients. Mais depuis quelques mois, une nouvelle étape a été franchie : Revolut installe des distributeurs automatiques de billets et envisage de demander une licence en France, tandis que Qonto cherche à devenir un établissement de crédit. Cette évolution constitue une véritable menace pour les banques traditionnelles.
Qonto se prépare à devenir un établissement de crédit
Revolut poursuit son ascension en Europe avec une série d'annonces illustrant son ambition de devenir une banque plus complète. Après avoir lancé des distributeurs automatiques de billets en Espagne, la néobanque s'apprête à proposer des crédits immobiliers, réorganise ses équipes sur le continent et accélère ses investissements en France. Tout en se rapprochant des services offerts par une banque traditionnelle, Revolut maintient un modèle ultra low cost basé sur l'efficacité technologique et l'automatisation à grande échelle.
De son côté, Qonto affiche une forte croissance depuis sa création en 2016. Avec 600 000 clients sur huit marchés européens, la néobanque des entrepreneurs et des indépendants vise deux millions de clients d'ici 2030. Déjà rentable, Qonto s'est engagée sur la voie de la transformation en demandant à devenir un établissement de crédit. Cette évolution lui permettra d'élargir son offre, tout en restant centrée sur la simplicité et la facilité d'utilisation.
Ces trajectoires illustrent la menace croissante qui pèse sur les banques traditionnelles. Désormais rentables, dopés par la hausse des taux d'intérêt et capables d'une redoutable compétitivité en matière de conquête commerciale, ces acteurs s'attaquent à des segments clés : les jeunes urbains connectés pour Revolut ; les freelances et les micro-entreprises pour Qonto. Les banques traditionnelles ont encore de nombreux atouts, mais elles devront poursuivre leur transformation à un rythme soutenu.
Revolut innove avec ses nouveaux distributeurs automatiques de billets
Revolut innove en installant ses propres distributeurs automatiques de billets. Ces distributeurs permettent des retraits illimités, l'ouverture de comptes et la distribution de cartes physiques. À contre-courant des banques traditionnelles, la fintech britannique mise sur un canal physique pour renforcer sa présence. Une manière de lever une barrière à l'utilisation de ses cartes tout en maîtrisant ses coûts. D'autres pays européens suivront le mouvement d'ici 2026, notamment l'Italie, l'Allemagne et le Portugal.
Il s'agit d'un changement de positionnement majeur. Revolut transforme un coût en levier stratégique : au-delà d'un certain nombre de retraits, elle prend désormais en charge les frais facturés par les banques tierces. En créant ses propres distributeurs, elle réduit cette dépendance tout en renforçant sa capacité d'acquisition. Les clients pourront ouvrir un compte ou recevoir leur carte sur place. Il s'agit d'un nouveau point d'entrée qui renforce son autonomie dans la chaîne de valeur.
Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large de super-applications. Après avoir investi dans la téléphonie mobile et bientôt dans le crédit hypothécaire, Revolut cherche à intégrer des services clés de bout en bout. En combinant les canaux physiques et numériques, elle consolide ses relations avec ses clients et gagne en différenciation. Peu de fintechs ont osé franchir ce pas. Cette démarche montre qu'une présence physique peut encore jouer un rôle stratégique dans la distribution bancaire.
Revolut adopte Wero
Phase 1 - mission accomplie. Avec plus de 55 millions d'utilisateurs et une présence dans tous les États américains et dans toute l'Europe, Revolut s'est imposée comme la première néobanque de nouvelle génération. Une interface transparente, des frais peu élevés, une offre globale... mais aussi des revenus unitaires faibles. Le modèle de croissance de Revolut repose sur des effets de conquête et de volume, mais il atteint ses limites si la néobanque ne passe pas à l'étape suivante : équiper les clients, voire devenir leur banque principale.
C'est précisément l'ambition de Revolut. Après les paiements et les comptes, place aux bilans, avec des offres de crédit et des solutions d'épargne. La néobanque lance le crédit immobilier en Lituanie, installe des distributeurs automatiques de billets en Espagne et devient un acteur de Wero pour les transferts européens instantanés. L'objectif est d'augmenter durablement son produit net bancaire par client. Et pour capter plus de revenus, elle doit offrir plus de services, y compris ceux qui ancrent les clients dans une relation de long terme.
Pour les banques traditionnelles, le risque est clair : après avoir perdu des clients distants, elles pourraient bientôt voir partir des clients actifs, porteurs de marges et d'opportunités. Revolut y met les moyens : 1 milliard d'euros d'investissements en France, un hub européen à Paris et une stratégie omnicanale claire. Le modèle "tout numérique" évolue et le choc de la désintermédiation bancaire prend une nouvelle dimension. La partie ne fait que commencer.