Pouvoir normatif et rivalité : les leviers invisibles de la souveraineté industrielle

En 2023, le système de navigation par satellite chinois BeiDou a été intégré aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), rejoignant ainsi les systèmes déjà reconnus pour l’aviation civile mondiale. Cette intégration officielle facilite son adoption tant par les compagnies aériennes que par les équipementiers. En conséquence, les équipements compatibles gagnent en attractivité, les investissements se concentrent sur les technologies utilisant ce cadre et les nouveaux entrants sont incités à s’y conformer afin d’accéder au marché. Peu à peu, la norme façonne l’écosystème industriel qui se développe autour d’elle.

Dans le domaine des véhicules électriques, des batteries, des systèmes embarqués et des réseaux de communication, les normes définissent les règles qui permettent aux technologies de fonctionner ensemble. Elles orientent les décisions d’investissement et influencent les orientations en matière d’innovation, tout en déterminant les conditions d’accès au marché. La capacité à contribuer à leur définition devient ainsi un levier d’influence durable sur l’organisation future des chaînes de valeur.

La Chine a progressivement fait de cet aspect un pilier central de sa stratégie industrielle. Grâce à une coordination étroite entre les pouvoirs publics et les acteurs industriels, elle a renforcé sa capacité à exercer une influence au sein des principales instances internationales de normalisation. Cette présence croissante lui permet à la fois d’orienter l’évolution des normes et de promouvoir la diffusion de référentiels compatibles avec les technologies développées par ses entreprises. Son approche s’articule simultanément sur plusieurs niveaux : contribuer à l’élaboration de normes internationales, aligner progressivement son corpus normatif national sur les cadres mondiaux et promouvoir, auprès des pays partenaires, des normes compatibles avec ses technologies. À mesure que ces normes se diffusent, elles renforcent l’intégration des écosystèmes industriels structurés autour d’acteurs chinois et consolident leur position au sein des chaînes de valeur mondiales.

Les normes sont devenues un terrain central de la concurrence industrielle et géopolitique. L’Union européenne dispose d’atouts considérables, notamment un vaste marché intérieur, une capacité réglementaire reconnue et une base industrielle solide. Cependant, cette force réglementaire se traduit moins facilement par une influence normative internationale durable, car elle est principalement conçue pour encadrer les pratiques des acteurs cherchant à accéder à son marché. La fragmentation des initiatives, combinée à l’absence de priorités communes clairement définies et à une participation insuffisamment coordonnée au sein de certaines instances internationales, limite la capacité de l’Europe à façonner les normes qui structureront les technologies de demain.

Cependant, à mesure que les technologies stratégiques s’articulent de plus en plus autour de cadres communs, la capacité à participer à leur définition devient une question de souveraineté. Les États qui contribuent à l’élaboration des règles acquièrent une influence durable sur les chaînes de valeur, tandis que ceux qui se contentent de les adopter voient leur marge de manœuvre s’amenuiser progressivement. Les tensions observées en 2025 autour des terres rares ont mis en évidence à quel point une position acquise au fil du temps au sein d’une chaîne de valeur stratégique peut être rapidement mobilisée comme levier de négociation économique. La souveraineté industrielle dépend désormais autant de la définition des règles que de la maîtrise des technologies elles-mêmes. Dans ce contexte de concurrence, la capacité à influencer les normes détermine de plus en plus la capacité à influencer les marchés.

Introduction

Les secteurs d’activité reposant sur des systèmes complexes sont façonnés par des normes techniques. Ces normes définissent les interfaces entre les technologies, organisent les chaînes de valeur, orientent les investissements et, en fin de compte, déterminent l’accès au marché. Dans des domaines tels que la mobilité électrique, les véhicules connectés et les semi-conducteurs, elles font partie de l’infrastructure invisible qui sous-tend la compétitivité industrielle à long terme.

La Chine a progressivement fait de ce domaine un pilier central de sa stratégie industrielle. Son influence croissante au sein des organismes internationaux de normalisation traduit une ambition cohérente : définir les règles qui régiront les technologies, les plateformes et les écosystèmes de demain. Chaque norme adoptée oriente les choix technologiques, favorise certaines architectures et renforce l'attrait des solutions compatibles.

Sa rivalité croissante avec d’autres grandes puissances se déroule loin des marchés finaux et débouche rarement sur un conflit ouvert. Les décisions qui façonnent les futurs équilibres industriels se prennent plutôt au sein de comités techniques, dans le cadre de protocoles d’interopérabilité, de cadres de certification et d’architectures de données. Bien qu’en grande partie invisibles pour le grand public, ces mécanismes ont néanmoins des effets durables sur la répartition de la valeur et la conception des écosystèmes. Des organisations telles que l’ISO ¹, la CEI ² et la CEE-ONU ³ sont devenues des arènes de concurrence stratégique, où La capacité à élaborer des normes détermine le contrôle futur sur les technologies stratégiques. Les implications pour l'Europe sont considérables : Une coordination insuffisante entre la réglementation et le secteur industriel – ou le recours à des normes étrangères – peut transformer des réussites industrielles ponctuelles en faiblesses structurelles.

Cet article explore deux dimensions clés : la montée en puissance de l’influence normative de la Chine et les moyens dont dispose l’Europe pour préserver sa souveraineté. Il examine le modèle intégré « État-industrie-normalisation » mis en œuvre par la Chine et identifie les leviers sur lesquels l’Europe doit agir si elle veut éviter de se retrouver cantonnée à un rôle passif. La normalisation apparaît comme l’un de ces leviers, un instrument de pouvoir invisible qui structure l’accès aux technologies, aux plateformes et aux chaînes de valeur de demain.

I. De la normalisation technique à la concurrence

Les normes ont toujours façonné les rapports de force dans le secteur industriel. Une fois établies, elles structurent les chaînes de valeur, influencent les décisions d'investissement et favorisent les entreprises qui s'y conforment le mieux. Les grandes puissances industrielles ont, à maintes reprises, utilisé les normes pour consolider leurs positions, diffuser leurs architectures industrielles et verrouiller les chaînes de valeur, étendant ainsi leur influence bien au-delà de leurs frontières. Dans le secteur automobile, par exemple, les normes relatives aux connecteurs et à l’outillage imposées par l’Allemagne et le Japon dans les années 1970 et 1980 ont créé des avantages concurrentiels durables ⁴. De même, dans le domaine des technologies numériques, le contrôle des normes Wi-Fi et 5G montre comment la définition des normes détermine l’accès aux marchés et aux infrastructures essentielles ⁵.

Aujourd’hui, les marchés de l’automobile et de la mobilité électrique sont au cœur de la concurrence normative. Chaque protocole de communication, chaque règle de sécurité ou chaque norme de recharge façonne en fin de compte l’architecture des véhicules et les plateformes industrielles associées. Des normes telles que l’ISO 17515-3:2019, qui régit l’interopérabilité des véhicules connectés et de leurs réseaux de communication ⁶, illustrent comment le pouvoir normatif structure les chaînes de valeur de manière durable. En effet, l’ISO souligne que les normes constituent un moteur essentiel de la stratégie technologique de la Chine et de sa capacité à orienter l’innovation à l’échelle mondiale ⁷, ce qui confirme que La lutte pour la suprématie industrielle se déplace désormais vers les instances internationales de normalisation.

Une fois adoptées, les normes génèrent des effets de verrouillage qui vont au-delà de leur fonction technique. Elles orientent les décisions d'investissement, définissent la conception des produits et déterminent l'accès au marché. La Chine a délibérément élevé ce mécanisme au rang de une stratégie nationale.

Pour l'Europe, le défi consiste donc à élaborer des normes susceptibles d'influencer et de structurer les architectures mondiales. Si elle échoue, son influence réglementaire interne risque de ne pas se traduire par un pouvoir normatif à l'extérieur. Il ne s'agit plus simplement de produire ou d'investir : il s'agit de définir les règles du jeu à l'échelle mondiale.

II. La stratégie normative de la Chine : de l'industrie à l'élaboration de normes

La montée en puissance de la Chine en matière de normes s'inscrit dans une stratégie à long terme en assurant une étroite collaboration entre l'État, le secteur privé et les organismes techniques. Au cours des deux dernières décennies, Pékin a investi massivement dans les institutions internationales de normalisation, a mis au point ses propres cadres techniques et participation coordonnée des entreprises afin d'accroître son influence sur les normes mondiales.
L'objectif est clair : intégrer les technologies chinoises dans les architectures de référence des secteurs stratégiques et, par extension, façonner les futurs équilibres industriels.

1. Une doctrine intégrée associant l'État, l'industrie et la recherche

Au cœur de cette stratégie se trouve le projet « Normes chinoises 2035 » ⁸, qui étend la normalisation au-delà de la politique nationale pour en faire un outil d’influence mondiale. Il vise à faire des normes chinoises des références internationales dans des secteurs clés tels que la 5G, l’intelligence artificielle, les véhicules électriques et les communications numériques. Ce projet combine des objectifs nationaux en matière de compétitivité technologique et une stratégie visant à exercer une influence au sein des principales organisations de normalisation ⁹.

Cette approche repose sur une coordination étroite entre les pouvoirs publics, qui fixent les objectifs et les mécanismes d'incitation, et les grandes entreprises (Huawei ¹⁰, ZTE ¹¹, etc.), qui sont encouragées à participer activement à l'élaboration des normes internationales. Parallèlement, des institutions telles que l’Administration chinoise de normalisation (SAC) ¹² jouent un rôle central dans la coordination des propositions techniques et la préparation des experts chinois en vue de leur participation aux forums internationaux.

L'adoption en 2016 des codes polaires par le 3GPP pour les canaux de contrôle de la 5G illustre particulièrement bien cette collaboration.
Portée par Huawei et soutenue par une large coalition d'acteurs chinois s'opposant à un consortium occidental prônant les codes LDPC et les codes turbo, cette initiative a marqué la première contribution majeure de la Chine à l'architecture d'une génération mondiale de téléphonie mobile, illustrant ainsi l'évolution de son rôle, passant de simple adoptant à véritable normateur.

L'ampleur de ce système est considérable. La Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine, dans son document de prise de position 2025/2026 ¹³, indique qu'à la date de rédaction du présent document (avril 2025), la Chine avait publié 2 138 nouvelles normes nationales (dont 154 obligatoires), 4 023 normes sectorielles et 11 433 normes locales sur la plateforme d’information nationale du SAC depuis le début de l’année 2025. À la même date, la plateforme répertoriait également 104 500 normes émanant d’organisations sociales (dont 104 472 étaient en vigueur) et, en février 2025, 563 045 normes d’entreprise. Le plan annuel 2025 du MIIT prévoit l’ajout de 1 800 nouvelles normes industrielles à ce cadre, ainsi que la création de cinq comités techniques sectoriels supplémentaires et le rôle de chef de file de la Chine dans l’élaboration d’au moins une centaine de nouvelles normes internationales. Ce que l'on observe n'est pas simplement une politique d'influence, mais une véritable infrastructure normative.

2. Exercer une influence sur les organismes internationaux de normalisation

Sur la scène internationale, la Chine a renforcé sa présence au sein d’organisations majeures telles que l’ISO, la CEI et l’UIT, dans le but d’obtenir des postes de direction au sein des comités techniques et des groupes d’experts. Cela lui permet d’influencer à la fois l’élaboration et la hiérarchisation des normes. En effet, Pékin a renforcé la participation de ses experts au sein des comités techniques internationaux, augmentant ainsi considérablement le volume et la qualité de ses contributions ¹⁴.

Dans la pratique, cette présence accrue s'est traduite par une vague de propositions de normalisation axées sur les secteurs dans lesquels les entreprises chinoises disposent d'avantages concurrentiels, notamment les réseaux 5G, la recharge des véhicules électriques et les plateformes numériques intégrées. Cette stratégie institutionnelle confère à la Chine une capacité structurelle à influencer les règles techniques régissant la mobilité, l'énergie et les systèmes industriels connectés.

Cette stratégie n'est toutefois pas sans susciter la controverse. En 2019, des documents divulgués ont révélé que des entreprises chinoises (ZTE, China Telecom, Dahua) proposaient à l’UIT-T des normes en matière de reconnaissance faciale et de vidéosurveillance susceptibles d’être adoptées sans débat dans les pays en développement, soulignant ainsi que la normalisation est également un champ de bataille politique, reflétant des valeurs et des modèles de gouvernance sous-jacents ¹⁵.

Le poids de la Chine dans la normalisation de la 5G illustre bien son influence normative croissante : en mars 2024, ses entités représentaient 33,96% des propositions adoptées parmi les dix principaux contributeurs, Huawei arrivant en tête.

Source : Banque mondiale, « L'évolution de la Chine en matière de normalisation internationale », page 24 https://thedocs.worldbank.org/en/doc/ a588e8a85c44aca841687aff78d25a54-0050062025/original/John-Jiong- Standardization-in-China.pdf

Par ailleurs, la Chine promeut ses normes par le biais d’accords bilatéraux et régionaux, notamment dans le cadre de l’initiative « La Ceinture et la Route » (BRI). Cela renforce la capacité de la Chine à participer à l’élaboration des normes mondiales et à influencer leur orientation future.

3. Aligner les normes nationales sur les cadres internationaux afin de faciliter leur adoption à plus grande échelle

L'implication de la Chine au sein des comités internationaux s'accompagne d'un mouvement parallèle moins visible mais tout aussi significatif. Le plan annuel 2025 du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT), tel que rapporté par la Chambre de commerce européenne, fixe à la Chine l’objectif d’adopter 88% de normes internationales telles quelles dans son système national ¹⁶. En alignant progressivement les normes des pays partenaires sur les siennes, Pékin cherche à réduire les obstacles techniques au commerce tout en créant des dépendances normatives qui favorisent ses architectures industrielles et ses chaînes de valeur. Ce processus fonctionne dans les deux sens : la Chine exporte ses normes tout en important des normes internationales, réduisant ainsi progressivement l'écart entre les deux. Cette diffusion contribue à la mondialisation de normes techniquement compatibles avec les plateformes chinoises, renforçant ainsi l'influence des entreprises chinoises à l'échelle mondiale.

Cette diffusion s'appuie sur des mesures concrètes. En juin 2023, la Chine avait signé 107 accords de coopération en matière de normalisation avec 65 pays partenaires de l'Initiative « Une ceinture, une route » (dont le Pakistan, la Russie, la Grèce, l'Éthiopie et le Costa Rica), couvrant l'aviation civile, les véhicules électriques, les matériaux de construction et les pipelines. L’intégration officielle du système de navigation BeiDou dans les normes de l’OACI en 2023, qui en fait l’un des quatre systèmes mondiaux reconnus par l’ONU pour l’aviation civile internationale, représente une autre avancée réglementaire aux implications stratégiques durables ¹⁷.

Cette stratégie redéfinit progressivement le paysage réglementaire international en faveur d'une approche dans laquelle le pouvoir économique s'exprime également à travers l'élaboration des règles.

La Chine manifeste clairement sa volonté de définir et d'imposer les nouvelles normes que tous devront respecter, ce qui a des implications profondes pour la compétitivité des acteurs européens et pour la souveraineté réglementaire de l'Union européenne.

III. Normes, plateformes et contrôle des architectures industrielles

C'est lorsqu'elles s'intègrent dans les architectures techniques qui structurent les écosystèmes industriels que les normes produisent leurs effets les plus durables. À ce niveau – interfaces logicielles, protocoles de communication et conditions d'interopérabilité –, la norme cesse de servir de référence technique et devient un mécanisme de verrouillage sur une plateforme.

La plateforme Eclipse Software Defined Vehicle (SDV) constitue un exemple concret de cette dynamique : elle montre comment un écosystème logiciel ouvert peut structurer l’industrie automobile autour de normes spécifiques ¹⁸. En définissant des protocoles d’interopérabilité et des architectures logicielles, cette norme dicte les choix technologiques des constructeurs et limite la compatibilité avec d’autres systèmes. De même, l’initiative Catena-X, soutenue par l’Union européenne, démontre que le partage des données et les cadres d’interopérabilité peuvent renforcer la résilience de la chaîne de valeur, mais uniquement si l’Europe joue un rôle actif dans leur définition ¹⁹.

L'exemple le plus frappant est celui de la recharge rapide. La famille de normes GB/T (GB/T 20234 pour les connecteurs, GB/T 27930 pour le protocole de communication) a été adoptée sur l'ensemble du marché chinois – le plus grand marché mondial des véhicules électriques –, créant ainsi un écosystème incompatible avec la norme européenne CCS ²º. La mise à jour 2023 de ChaoJi-1 (GB/T 18487.1-2023, GB/T 27930-2023, GB/T 20234.4-2023) a porté la puissance de recharge à 1,2 MW et, surtout, a été conçue pour être compatible avec CHAdeMO 3.1, ouvrant ainsi la voie à une convergence sino-japonaise par rapport aux normes occidentales ²¹. Plus récemment, l’accord stratégique conclu en mars 2025 entre CATL et NIO concernant l’échange de batteries prévoit explicitement l’élaboration conjointe de normes nationales en la matière, une nouvelle architecture industrielle portée par la normalisation en amont ²².

Le verrouillage architectural peut également s'exercer par le biais de paramètres statistiques. Les ‘ Dispositions relatives à la gestion de la sécurité des données automobiles (version expérimentale) ’, en vigueur depuis 2021, classent comme « données importantes » toutes les données clients détenues par un constructeur automobile dès lors que celui-ci dépasse les 100 000 utilisateurs en Chine, un seuil atteint par toute marque d’envergure commerciale. La Chambre de commerce européenne note dans son document de prise de position 2025/2026 ²³ que ce paramètre unique déclenche automatiquement des exigences de localisation, des restrictions en matière de transferts transfrontaliers et des évaluations de sécurité ²⁴. Dans ce cas, la norme entraîne de fait un verrouillage architectural sans interdiction formelle : par le biais d’un seuil unique, elle reconfigure l’ensemble de la gouvernance des données des véhicules connectés.

Cette domination normative s'accompagne d'une normalisation des chaînes de valeur, dans le cadre de laquelle les entreprises chinoises et leurs partenaires étrangers doivent se conformer aux normes en vigueur pour rester compétitives. Les conséquences sont doubles : la dépendance industrielle s'accentue et la marge de manœuvre stratégique des acteurs européens s'amenuise, même lorsqu'ils disposent d'avantages technologiques ou financiers ²⁵ ²⁶.

Ces dynamiques soulèvent une question centrale : comment l'Europe, dotée d'un vaste marché intérieur et d'une capacité réglementaire reconnue, se positionne-t-elle dans cette concurrence normative ?

IV. L'Europe menacée d'un recul normatif

1. Lorsque la réglementation de son propre marché ne suffit pas à imposer ses normes

L'Union européenne dispose d'atouts considérables : un vaste marché unique, une capacité réglementaire reconnue et une base industrielle de premier plan. Les réglementations européennes structurent le marché unique et influencent régulièrement les pratiques des acteurs étrangers qui cherchent à y accéder. Cependant, leurs effets restent principalement concentrés en Europe et se traduisent moins facilement par une influence normative internationale durable, en l'absence d'une stratégie tournée vers l'extérieur.

Pourtant, l’Europe produit une abondance de textes législatifs. La Commission européenne, le Parlement et le Conseil ont adopté environ 13 000 nouveaux textes législatifs entre 2019 et 2024, un niveau bien supérieur à celui d’autres blocs politiques comparables. Cette prolifération interne de normes, présentée comme un vecteur d’harmonisation, est régulièrement critiquée pour sa complexité et ses conséquences économiques imprévues ²⁷. De plus, les architectures industrielles chinoises et nord-américaines continuent de se développer selon leurs propres logiques, hors de portée du cadre réglementaire européen.

2. Pourquoi l'Europe peine à transformer sa présence en influence

Les positions européennes, qui reposent en grande partie sur une approche ascendante fondée sur le consensus, restent souvent fragmentées entre les États membres et les instances nationales. En l'absence de coordination systématique et d'un cadre politique clair définissant les priorités normatives internationales, les efforts nationaux ont tendance à diverger ou à se disperser, ce qui a entraîné une dilution de l'influence européenne. Contrairement à L'approche chinoise, plus structurée et pilotée par l'État, qui vise à aligner ses institutions nationales sur des objectifs industriels annoncés et stratégiquement clairs, la participation européenne au sein des organismes internationaux de normalisation reste fragmentée et insuffisamment coordonnée.

Cette vulnérabilité reflète avant tout une fragmentation institutionnelle. La multiplicité des acteurs – la Commission européenne, le Parlement, le Conseil et les États membres – engendre des priorités divergentes et ralentit l’élaboration d’une stratégie normative unifiée. Même lorsque des efforts de coordination sont entrepris, comme dans le cadre de la stratégie européenne de normalisation pour 2022, les ressources opérationnelles et la capacité d’investissement restent insuffisantes pour rivaliser avec des approches centralisées telles que celle de Pékin ²⁸. Il en résulte une forme de pouvoir normatif passif : L'Europe élabore des réglementations importantes, mais reste contrainte d'adopter des normes élaborées ailleurs afin de rester compatible avec les architectures industrielles mondiales.

Le cas de la cybersécurité automobile illustre ce paradoxe. Les règlements R155 (cybersécurité) et R156 (mises à jour logicielles) du groupe de travail WP.29 de la CEE-ONU, adoptés en 2021 sous l’impulsion de l’Europe, sont obligatoires pour tous les véhicules vendus dans l’Union européenne depuis juillet 2024 ²⁹, ³º. Ils s’appliquent de la même manière aux constructeurs chinois exportant vers l’Europe, ce qui démontre que le pouvoir normatif de l'Europe reste efficace lorsqu'il est mis à contribution. Toutefois, leur portée reste essentiellement défensive. Ces réglementations renforcent le contrôle de l'accès au marché européen, mais elles ne façonnent pas les architectures industrielles mondiales au sein desquelles évoluent les concurrents.

Source : Institut Clingendael, « La normalisation selon les spécificités chinoises », juillet 2025 https://www.criticalinfralab.net/wp-content/uploads/2025/07/Standardisation_with_Chinese_Characteristics.pdf

Ainsi, bien que l'Europe reste une puissance normative dans certains domaines – notamment la gouvernance des données et la protection des consommateurs –, elle doit reconnaître que cette capacité normative ne se traduit pas automatiquement par une influence normative. L'enjeu central réside désormais dans sa capacité à inscrire cette capacité dans une stratégie cohérente et durable. À défaut, la dépendance normative ne fera que s'accentuer progressivement, les règles mondiales étant définies ailleurs, et l'Europe sera contrainte de s'y conformer.

V. Les implications de la dépendance normative

Lorsque les règles régissant les technologies, les plateformes et les chaînes de valeur sont définies en dehors du secteur concerné, leurs conséquences se répercutent progressivement sur l'ensemble de l'écosystème industriel. Ces implications dépassent le cadre technique pour englober des dimensions industrielles, économiques et géopolitiques.

D’un point de vue industriel et économique, la fragmentation européenne et la position relative du continent au sein des organismes internationaux de normalisation exposent les entreprises à des normes étrangères, souvent sans qu’elles aient la possibilité d’influencer les décisions en amont ³⁵. Selon l’OCDE (2025), cette dépendance pourrait réduire l’efficacité des politiques publiques et créer des asymétries durables dans les chaînes de valeur ³⁶. 

Les événements du printemps 2025 montrent à quel point la dépendance industrielle peut rapidement se transformer en un instrument de pression économique. En réponse à l’escalade des tensions commerciales avec les États-Unis, la Chine a imposé, en avril 2025, des contrôles à l’exportation sur sept éléments spécifiques des terres rares moyennes et lourdes (samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutétium, scandium, yttrium), ainsi que sur des produits associés tels que les alliages et les aimants permanents. Le Parlement européen a jugé la situation suffisamment critique pour mettre en place, en juillet 2025, un groupe de travail dédié au contrôle des exportations ³⁷.

Cet épisode montre qu'une position stratégique acquise au fil du temps peut être rapidement mobilisée comme levier de négociation économique. À l'inverse, les dépendances accumulées limitent l'autonomie stratégique de ceux qui y sont soumis et les exposent davantage aux décisions extérieures.

Cette vulnérabilité prend une dimension géopolitique lorsque les normes déterminent l'accès au marché et servent d'instruments de projection de puissance. Les tensions entre la Chine et les États-Unis ont montré à quel point des décisions bilatérales peuvent avoir des répercussions bien au-delà des acteurs directement concernés. En adoptant des normes étrangères, l'Europe renonce indirectement à des leviers de souveraineté, ce qui limite sa capacité à protéger les technologies stratégiques ou à orienter les transitions énergétique et numérique.
La dépendance ne concerne donc plus l'accès à une technologie ou à une ressource donnée ; elle concerne la capacité à préserver l'autonomie décisionnelle au sein d'un système où les interdépendances industrielles servent de plus en plus d'instruments de pression.

VI. Vers une souveraineté normative européenne affirmée

La situation européenne impose de passer d'une attitude réactive à une approche plus affirmée, dans laquelle la normalisation est explicitement considérée comme un instrument de souveraineté.

L’Europe dispose déjà des fondements institutionnels nécessaires : la communication de la Commission européenne intitulée « Une stratégie de l’UE en matière de normalisation : établir des normes mondiales pour soutenir un marché unique européen résilient, vert et numérique », adoptée le 2 février 2022, officialise le rôle des normes en tant que levier de compétitivité, de transition écologique et numérique, et d’influence internationale ³⁸. Toutefois, en l’absence d’une doctrine stratégique explicite établissant un lien entre les normes et la puissance industrielle et géopolitique, ce cadre risque de rester fragmenté.

La mise en place d'une souveraineté normative affirmée nécessiterait plusieurs mesures complémentaires :

  1. La mise en place d’une doctrine normative cohérente, identifiant les priorités sectorielles (par exemple, les semi-conducteurs, la mobilité électrique, l’intelligence artificielle ou l’hydrogène) et alignant les normes sur la stratégie industrielle. Les normes doivent être conçues non seulement pour réglementer le marché intérieur, mais aussi pour conditionner l’accès aux marchés mondiaux et structurer les chaînes de valeur.
  2. Renforcement de la coordination institutionnelle, en s'appuyant sur le Forum de haut niveau sur la normalisation européenne, créé en janvier 2023 afin d'harmoniser les priorités et les efforts des États membres, de la Commission, des entreprises et de la communauté scientifique ³⁹.
  3. Une articulation plus étroite entre les normes et les capacités industrielles, en reliant les normes aux programmes européens de R&D (« Horizon Europe », « Digital Europe ») et aux initiatives industrielles conjointes (IPCEI, pôles sectoriels), afin de faire de la normalisation un moteur de compétitivité.
  4. La mise en place de mécanismes d'évaluation, notamment d'indicateurs de performance permettant de mesurer l'adoption internationale des normes européennes, l'influence au sein des comités techniques et la capacité à façonner les cadres réglementaires mondiaux.
    L'OCDE souligne que l'intégration des systèmes de normalisation et d'assurance qualité dans les politiques publiques est essentielle pour garantir la cohérence et l'impact stratégique ⁴⁰.

Les instruments politiques récents offrent l'occasion de mettre en œuvre cette approche. Des initiatives telles que le « Clean Industrial Deal » (février 2025) et le projet de loi sur l’accélérateur industriel (mars 2026) pourraient intégrer des composantes normatives explicites, en liant le financement et les procédures accélérées à une participation active au sein d’organismes internationaux de normalisation tels que l’ISO, la CEI, la CEE-ONU ou l’UIT ⁴¹.

1. Feuille de route indicative pour la souveraineté européenne en matière de normes

Conclusion

La souveraineté normative n'est pas une question purement technique. C'est un levier de pouvoir qui façonne, à long terme, la structure des chaînes de valeur et la trajectoire de l'innovation. Une Europe qui continue à élaborer des normes de manière fragmentée, sans les relier à sa politique industrielle, restera une puissance normative au niveau interne, mais un acteur passif sur la scène internationale. La Chine, à travers son programme « China Standards 2035 », a adopté l’approche inverse, en articulant doctrine industrielle et influence normative, et en tire déjà des avantages concrets.

Pour inverser cette dynamique en Europe, il faut une stratégie explicite, des mécanismes d’évaluation des performances normatives et un engagement soutenu au sein des instances internationales. Les normes cesseraient alors d’être les sous-produits administratifs de choix techniques pour redevenir ce qu’elles ont toujours été : des instruments de pouvoir.

Cette question s'applique aussi bien aux semi-conducteurs qu'à l'intelligence artificielle, à l'hydrogène et à l'énergie. Renoncer à une position qui permet de fixer les règles revient à accepter d'y être soumis.

La souveraineté normative n'est pas une option ; c'est la condition sine qua non de la puissance européenne au XXIe siècle.

Frédéric Recordon – Associé, Accuracy
Pouvoir normatif et rivalité : les leviers invisibles de la souveraineté industrielle

¹ L'Organisation internationale de normalisation (ISO), une organisation internationale indépendante et non gouvernementale qui élabore et publie des normes internationales visant à garantir la qualité, la sécurité, l'efficacité et l'interopérabilité des produits, des services et des systèmes à l'échelle mondiale. https://www.iso.org/home.html 
² Commission électrotechnique internationale, organisme international de normalisation chargé d'élaborer et de publier des normes internationales dans tous les domaines de l'électricité, de l'électronique et des technologies connexes. https://www.iec.ch 
³ CEE-ONU – Commission économique des Nations Unies pour l'Europe, l'une des cinq commissions régionales des Nations Unies chargées de favoriser l'intégration économique, la coopération internationale et le développement durable entre ses États membres https://unece.org/homepage 
⁴ OCDE (2024), L'avenir de la chaîne de valeur automobile, Éditions de l'OCDE https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/ reports/2024/11/the-future-of-the-automotive-value-chain_91460165/cb730d65-en.pdf 
⁵ Fondation pour les technologies de l'information et l'innovation (ITIF), « Cartographie du paysage international des normes 5G et du leadership » (2021) https://www2.itif.org/2021-5g-standards.pdf 
⁶ Organisation internationale de normalisation (ISO), ISO 17515-3:2019 — Systèmes de transport intelligents — Réseau d’accès radio terrestre universel évolué (E-UTRA) LTE-V2X, 2019 
⁷ Organisation internationale de normalisation (ISO), « Comment les normes sont le moteur de la révolution technologique en Chine », 11 février 2025 https://www.iso.org/standard/73238.html 
⁸ Comité central du Parti communiste chinois et Conseil d'État, « Grandes orientations pour le développement de la normalisation nationale », octobre 2021 https://www.gov.cn/zhengce/2021-10/10/content_5641727.htm
⁹ Conseil commercial États-Unis-Chine, « Commentaires sur l’influence de la Chine dans l’élaboration des normes internationales relatives aux technologies émergentes (présentation de la stratégie « Normes chinoises 2035 » et de l’engagement international) », décembre 2021. https://www.uschina.org/advocacy/ uscbc-comments-on-chinas-influence-in-international-standards-setting-for-emerging-technologies 
¹⁰ Huawei, « Huawei signe un accord de coopération stratégique avec le Centre international de promotion des normes de la CEI », communiqué de presse, décembre 2023 https://www.huawei.com/en/news/2023/12/iecstrategic-cooperation-agreement 
¹¹ ZTE Corporation, Normalisation et droits de propriété intellectuelle, policy.zte.com.cn/ipr/standardization.html 
¹² Organisation internationale de normalisation (ISO), organisme membre : Administration chinoise de normalisation (SAC), profil institutionnel décrivant le mandat de la SAC en matière de coordination nationale et de représentation de la Chine au sein de l'ISO et de la CEI https://www.iso.org/member/1635.html 
¹³ UCCC, « European Business in China Position Paper 2025/2026 », Groupe de travail sur les normes et l'évaluation de la conformité, « Évolutions récentes », p. 120 ; source primaire citée : SAC, Plateforme nationale de service public pour l'information sur les normes, std.samr.gov.cn 
¹⁴ Institut Clingendael, « Une normalisation aux caractéristiques chinoises ? » (Participation de la Chine aux comités techniques de l’ISO, de la CEI et de l’UIT et rôles au sein des secrétariats), juillet 2025. https://www.clingendael.org/pub/2025/ standardisation-with-chinese-characteristics/3-chinas-rise-as-a-standards-power-the-basis-of-long-term-dominance 
¹⁵ AXIOS, p. 209. https://www.axios.com/2019/12/01/facial-recognition-china-un-standards-itu 
¹⁶ Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine, Note de synthèse 2025/2026, p. 121 
¹⁷ Bureau d’information du Conseil d’État de la République populaire de Chine : « L’initiative « La Ceinture et la Route » : un pilier essentiel de la communauté mondiale pour un avenir partagé », octobre 2023 
¹⁸ Eclipse SDV : Eclipse Software Defined Vehicle, 2025. https://sdv.eclipse.org/» \t «_new 
¹⁹ Catena-X : initiative européenne en faveur de normes communes en matière de données et de l'interopérabilité au sein des chaînes de valeur du secteur automobile, 2024. https://catena-x.net/ 
²º Beihai Power, « Comment choisir entre une borne de recharge CCS2 et une borne de recharge GB/T, et quelle est la différence entre ces deux types de bornes ? », 19 juillet 2024, https://www.beihaipower.com/news/how-to-choose-between-ccs2-charging-pile-and-gbt-charging-pile-and-the-difference- between-two-charging-station 
²¹ Association CHAdeMO, Publication des normes GB/T de ChaoJi : la technologie chinoise de recharge ultra-rapide de nouvelle génération, 20 septembre 2023 https://www.chademo.com/chaoji-gbt-standards-released 
²² Contemporary Amperex Technology Co., Limited (CATL), « CATL et NIO concluent un partenariat stratégique autour du remplacement des batteries », 18 mars 2025, https://www.catl.com/en/news/6381.html 
²³ Accès réservé aux membres ; disponible à l'adresse suivante : europeanchamber.com.cn/enpublications-position-paper 
²⁴ Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine, Note de synthèse 2025/2026, p. 170 
²⁵ Institut Mercator pour les études sur la Chine (Merics), « Cartographier et réévaluer l'interdépendance économique entre l'Europe et la Chine », 2020 https://merics.org/en/report/mapping-and-recalibrating-europes-economic-interdependence-china 
²⁶ Conseil allemand des relations étrangères (DGAP), « La géopolitique de la normalisation technique », 2023 https://dgap.org/en/research/publications/geopolitics-technical-standardization 
²⁷ Sénat, Rapport d'information sur la dérive réglementaire de l'Union européenne, 4 décembre 2024. https://www.senat.fr/rap/r24-190/r24-190.html 
²⁸ Parlement européen, Rapport sur une stratégie de normalisation pour le marché unique, A9-0136/2023 https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2023-0136_FR.html 
²⁹ Commission économique des Nations Unies pour l'Europe (CEE-ONU), Règlement n° 155 des Nations Unies – Dispositions uniformes relatives à l’homologation des véhicules en matière de cybersécurité et de système de gestion de la cybersécurité, E/ECE/TRANS/505/Rev.3/Add.154, Genève, 4 mars 2021, https://unece.org/transport/documents/2021/03/standards/un-regulation-no-155-cyber-security-and-cyber-security 
³º Commission économique des Nations Unies pour l'Europe (CEE-ONU), Règlement n° 156 des Nations Unies – Dispositions uniformes relatives à l’homologation des véhicules en ce qui concerne les mises à jour logicielles et les systèmes de gestion des mises à jour logicielles, E/ECE/TRANS/505/Rev.3/Add.155, Genève, 4 mars 2021, https://unece.org/transport/documents/2021/03/standards/un-regulation-no-156-software-update-and-software-update 
³¹ Catena-X, https://catena-x.net/
³² Commission européenne, IPCEI Batteries (Projets d'intérêt européen commun) https://ec.europa.eu/info/funding-tenders/opportunities/portal/screen/opportunities/topic-details/ipcei-batteries
³³ Parlement européen, Rapport sur une stratégie de normalisation pour le marché unique, A9-0136/2023 https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2023-0136_FR.html
³⁴ Conseil d'État de la République populaire de Chine, « L'Organisation de l'aviation civile internationale reconnaît et accepte le système de navigation BeiDou », 16 novembre 2023, http://english.www.gov.cn/news/202311/16/content_WS6555bbbdc6d0868f4e8e14b7.html
³⁵ Parlement européen, Rapport sur une stratégie de normalisation pour le marché unique, A9-0136/2023 https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2023-0136_FR.html
³⁶ OCDE, « Renforcer les cadres réglementaires grâce aux normes, aux mesures et à l'assurance », 15 septembre 2025. https://www.oecd.org/ en/publications/reinforcing-regulatory-frameworks-through-standards-measurements-and-assurance_f398be90-en.html
³⁷ Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine, Prise de position 2025/2026, p. 178
³⁸ Commission européenne, « Une stratégie de l'UE en matière de normalisation – Établir des normes mondiales pour soutenir un marché unique européen résilient, vert et numérique », 2 février 2022. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX:52022DC0031
³⁹ Commission européenne, Forum de haut niveau sur la normalisation européenne, janvier 2023. https://single-market-economy.ec.europa.eu/ single-market/goods/european-standards/standardisation-policy/high-level-forum-european-standardisation_en
⁴º OCDE, « Renforcer les cadres réglementaires grâce aux normes, aux mesures et à l'assurance », 15 septembre 2025. https://www.oecd.org/ en/publications/reinforcing-regulatory-frameworks-through-standards-measurements-and-assurance_f398be90-en.html
⁴¹ Commission européenne, « Le pacte pour une industrie propre : une feuille de route commune pour la compétitivité et la décarbonisation », COM(2025) 85 final, 26 février 2025 ; Commission européenne, « Proposition de loi sur l’accélérateur industriel », COM(2026), https://single-market-economy.ec.europa.eu/ publications/industrial-accelerator-act_en