Le modèle de banque de détail est-il au bord de l'effondrement ?
Depuis plus de dix ans, de nouveaux acteurs viennent bousculer les banques traditionnelles. Jusqu'à récemment, la conquête de ces nouveaux acteurs se limitait à une clientèle éloignée et peu active. Aujourd'hui, non seulement ils séduisent de plus en plus de clients - BoursoBank, par exemple, en compte 7,5 millions - mais ils attirent aussi de plus en plus ceux qui étaient auparavant actifs dans les banques traditionnelles. Serait-ce le tournant ?
Les fermetures d'agences bancaires s'accélèrent en France
Après une année 2023 difficile, où les revenus de la banque de détail ont reculé jusqu'à 15% pour certains acteurs par rapport à 2022 en raison de l'impact de la hausse des taux d'intérêt sur les marges d'intérêt, la plupart des banques françaises ont présenté 2024 comme l'année du rebond. Cette affirmation pourrait bien être justifiée puisque les revenus de l'activité de détail ont augmenté en moyenne de 2%. Le rebond a également été plus fort au second semestre, ce qui indique une tendance positive.
Néanmoins, si l'on compare les performances des banques françaises à celles de leurs meilleures consœurs européennes, les écarts de coefficient d'exploitation et de ROE restent significatifs. La banque française la plus efficace est le Crédit Mutuel, avec un coefficient d'exploitation de 56% en 2024, contre 43% pour Santander et 38% pour UniCredit. Le meilleur ROE français, 10% pour BNPP, est également loin des 13% de Santander.
Les raisons en sont multiples. Tout d'abord, les banques européennes sortent d'un haut de cycle grâce à la remontée des taux d'intérêt, alors que c'est l'inverse pour les banques françaises. Ensuite, les marges sur les crédits aux particuliers et aux entreprises sont plus faibles en France, 1% en moyenne contre 2% en Europe. Enfin, le réseau d'agences français, de moins en moins efficace dans la conquête de la clientèle, est deux fois plus dense. Ces ajustements devraient donc se poursuivre.
Remise en cause de l'hypercroissance de BoursoBank
Au cours des dix dernières années, une nouvelle génération de banques numériques, telles que Revolut et N26, a émergé avec un succès commercial indéniable (50 millions de clients pour Revolut dans le monde et 4 millions en France), tout en continuant à générer des pertes. La hausse des taux d'intérêt en 2022-2023, combinée à l'atteinte d'une masse critique, a permis à plusieurs néobanques, comme Revolut, d'atteindre l'équilibre financier, marquant ainsi une nouvelle étape dans leur développement.
Parallèlement, voire avant, les banques traditionnelles ont lancé leurs propres banques en ligne, avec des résultats mitigés. BoursoBank est celle qui a conquis le plus de clients (environ 7,5 millions), mais elle est restée déficitaire jusqu'à récemment. Fortuneo, en revanche, n'a pas visé pendant longtemps un nombre aussi élevé de clients, mais elle est devenue rentable depuis longtemps grâce à sa clientèle haut de gamme et à sa forte orientation vers l'épargne.
Plusieurs défis se profilent à l'horizon. BoursoBank doit réussir à transformer ses millions de clients secondaires en clients principaux. Fortuneo, Hello bank ! et BforBank, qui visent tous à doubler ou tripler leur base de clients, doivent s'imposer face à des leaders bien établis. Revolut, quant à elle, doit élargir son offre pour consolider sa position et augmenter le revenu par client. L'ère de la croissance facile touche à sa fin et l'heure est aux stratégies de consolidation.
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Le marché français de la banque de détail est confronté à des défis majeurs, notamment une rentabilité plus faible qu'ailleurs en Europe en raison de marges faibles (1% contre 2% en moyenne), d'un modèle protecteur (épargne réglementée et prêts à taux fixe) et d'un réseau très dense. Dans un contexte de faible volume de crédits immobiliers (principal vecteur de conquête de nouveaux clients) et d'agressivité des acteurs numériques, l'efficacité de ce réseau est remise en cause.
Pour doper la rentabilité des banques traditionnelles, il existe au moins deux types de leviers, hors ceux visant à diluer le poids de la banque de détail en France dans les revenus globaux. D'abord, le modèle de service : même s'ils ne convergent pas parfaitement (LCL, Arkéa, etc.), les annonces récentes montrent une volonté de créer deux types de clients : les clients à distance, qui sont principalement servis par le numérique, et les clients à valeur, qui ont accès au réseau physique.
Cependant, cet ajustement du modèle de service ne suffira probablement pas à restaurer la rentabilité d'un métier soumis à de fortes pressions depuis plus de dix ans. Cela nous amène au deuxième levier : le réseau d'agences des banques françaises, deux fois plus important que celui des banques européennes (50 agences pour 100 000 habitants en France contre 25 en Europe), pourrait être ajusté pour que le ratio coût/service soit plus en phase avec les revenus. Des exemples devraient suivre.
Nicolas Darbo, associé, Accuracy