Le coin culturel - L'intelligence artificielle, une empreinte bien réelle

Un dessin animé montre deux individus face à un ordinateur entouré de centaines de serveurs, avec "AI" écrit sur l'écran. L'un des personnages dit : "Et comment allons-nous trouver assez d'électricité pour tout cela ? L'autre répond, le regard fixé sur l'écran : "Il suffit de demander". Cette illustration humoristique du dessinateur Kak accompagne un article publié le 9 avril par L'Opinion, dont le titre résume l'enjeu : "Bonjour le progrès ? C'est la Terre. Trop vite, trop loin, trop fort : les avancées technologiques consomment beaucoup d'électricité, de métaux rares et de terres... sans réflexion ni planification. Il n'est pas trop tard pour rectifier le tir". Cette matérialité de l'IA et de son impact sur l'environnement est soulignée par les principaux acteurs concernés eux-mêmes. Sam Altman, fondateur d'OpenAI, a déclaré lors du récent sommet de Davos1 qu'"une percée majeure dans le domaine de l'énergie est nécessaire" car "il est tout à fait juste de dire que l'IA va avoir besoin de beaucoup plus d'énergie". Bill Gates a abondé dans ce sens, évoquant une "quantité vertigineuse d'énergie nécessaire", l'électricité étant "une variable clé de la rentabilité d'un centre de données". Au total, l'IA pourrait consommer 85 à 134 TWh d'électricité en 2027, soit l'équivalent de la consommation de l'Argentine ou de la Suède.2 Cela pose de sérieuses questions sur la compatibilité du développement de l'IA avec la transition énergétique. En termes d'opportunité, cette question est au cœur de l'une des recommandations du rapport "IA : notre ambition pour la France" remis par la Commission Intelligence Artificielle à Emmanuel Macron en mars dernier. Alors que la France est très en retard dans le développement de l'IA mais qu'elle est leader dans l'environnement et les énergies bas carbone, avec des entreprises de premier plan mondial comme Suez, Veolia, Saur, EDF, Engie, Sonepar, Rexel, Schneider ou Legrand, le rapport préconise d'adopter une stratégie de spécialisation. Penser que la seule option (en matière d'IA) est de copier le modèle américain est absurde". Il faut au contraire "faire de la France un pionnier de l'IA pour la planète en renforçant la transparence, la recherche de modèles à faible impact et l'utilisation de l'IA pour accompagner les transitions énergétiques et environnementales".3 Sur ce dernier point, la solution réside - comme souvent - dans la question de l'usage et remettre toute technologie à sa place de simple outil pour un usage précis... qui doit être défini collectivement et faire l'objet d'une appropriation politique. L'IA, gourmande en énergie, permettra-t-elle de réduire et de rationaliser la consommation énergétique mondiale ? Comme le suggère la caricature de Kak, si vous lui posez une question, l'IA vous répondra. Reste à poser la bonne question.