Dans cette édition de la note économique, nous continuons à nous attaquer à l'inflation. Il s'agit d'un noyau obstiné qui s'avère difficile à maîtriser, et nous explorerons les facteurs qui y contribuent. Nous étudierons également l'effet de cette inflation persistante sur les marchés obligataires et les conclusions que l'on peut en tirer pour la politique monétaire à venir. Enfin, nous aborderons un autre problème affectant l'économie américaine : le déficit fédéral et l'augmentation prévue de la dette fédérale.
États-Unis : la question de l'inflation dans les services reste en suspens

Bien que l'inflation ait considérablement ralenti depuis les sommets atteints en 2022, une part importante subsiste. Le graphique ci-contre montre précisément à quoi se rapporte cette part persistante aux États-Unis (ce qui est également valable pour l'Europe) : les services. Alors que les autres facteurs d'inflation, comme l'énergie et les biens, ont retrouvé leur niveau d'avant la crise, les services restent entre 501 et 100% plus élevés que leurs valeurs antérieures, ce qui est notamment lié à l'offre de logements.
Inflation en France (IPC) : au moins jusqu'à l'été 2023, les facteurs d'offre résistent au ralentissement

Mais le logement n'est pas le seul problème d'offre à l'origine de cet effet inflationniste persistant. L'Europe a plus de mal à se défaire de son inflation que les Etats-Unis, et le graphique ci-contre montre le lien avec les questions d'offre (ici ce qui vaut pour la France vaut pour l'ensemble de l'Europe). Considérons deux contributeurs majeurs : l'énergie et les coûts unitaires de main-d'œuvre. La plus grande autosuffisance énergétique des États-Unis - ils produisent et consomment en grande partie eux-mêmes - leur permet de mieux maîtriser les prix de l'énergie que l'Europe, où une grande partie de l'énergie est importée (notamment le gaz). En outre, les coûts unitaires de la main-d'œuvre aux États-Unis ont baissé conformément aux prévisions beaucoup plus rapidement qu'en Europe, en raison de l'amélioration de la productivité. Fin février, les Européens s'attendaient à ce que la Banque centrale européenne annonce un ralentissement de la croissance des salaires unitaires au quatrième trimestre 2023 grâce à une amélioration de la productivité ; cette annonce n'a pas eu lieu. Au contraire, les salaires ont continué de croître en Europe de 4,5% en glissement annuel sur cette période, indiquant une probable évolution défavorable des coûts salariaux unitaires.
Monde : la baisse des prix des obligations reflète l'incertitude quant à l'inflation à venir

Dans le cadre de leur lutte contre l'inflation, les banques centrales ont augmenté les taux d'intérêt de manière croissante au cours des deux dernières années. Les impacts de ces politiques sont visibles dans les prix des obligations : en général, lorsque le taux de base augmente, les prix des obligations baissent, et vice versa. Or, comme le montre le graphique ci-contre, le prix des obligations est en baisse depuis la fin de l'année 2023. Cette tendance trahit une certaine nervosité sur le marché obligataire, en particulier en Europe. Alors que l'issue la plus probable semblait être un retour rapide à la normale des taux d'intérêt une fois l'inflation maîtrisée, l'incertitude s'installe à nouveau.
États-Unis : la dette fédérale continue d'augmenter

Le Bureau du budget du Congrès américain a établi le déficit fédéral pour l'année 2023 à 6,3% du PIB, soit environ $1,7 trillion, avec une estimation à long terme se situant autour de 5% du PIB. Trois hypothèses sont à la base de cette estimation : des dépenses accrues en matière de pensions publiques et d'assurance maladie (pour une population vieillissante), un taux d'intérêt réel à long terme de 2% p.a. et un taux de croissance de croisière de 1,5% p.a. Cela conduit à un niveau de dette fédérale en forte augmentation, comme l'illustre le graphique ci-contre. Une telle situation va-t-elle entraîner une perte de confiance dans USA Inc. et dissuader les investisseurs étrangers ? Peut-être. Mais malgré cette situation, les États-Unis continuent à bénéficier d'un statut de valeur refuge dans un monde chaotique.
Il reste donc du pain sur la planche avant d'atteindre le niveau d'inflation prévu à long terme de 2%. La poursuite des hausses de taux d'intérêt suffira-t-elle à maîtriser la dernière partie de l'inflation ? Si le problème réside dans la productivité, d'autres politiques devront-elles être mises en place ? Et comment les préoccupations budgétaires, illustrées par l'augmentation des déficits et des niveaux d'endettement, vont-elles encore compliquer le paysage économique ? Les réponses à ces questions ne sont pas si claires.