Dans cette édition de la Note économique, nous explorons trois développements clés qui façonnent le paysage économique : l'érosion de la confiance des entreprises européennes dans la Chine, les mouvements paradoxaux des taux d'intérêt européens à long terme et les implications de l'affaiblissement de la situation économique de l'Allemagne. Plongeons dans le vif du sujet.
Entreprises européennes en Chine : crise de confiance
Au cours de la dernière décennie, les entreprises européennes opérant en Chine ont vu leur confiance se dégrader considérablement. Autrefois portées par le faible coût de la main-d'œuvre et le vaste potentiel du marché, les entreprises sont aujourd'hui confrontées à un environnement plus hostile.
Selon l'enquête annuelle sur la confiance des entreprises de l'EUCCC (Chambre de commerce de l'Union européenne en Chine), analysée par Natixis et Bruegel, les flux d'investissements directs étrangers (IDE) vers la Chine ont chuté pour atteindre un niveau record de seulement $4 milliards en 2024, soit une baisse de 29% par rapport à l'année précédente.
Investissements directs étrangers en Chine

Sources : Macrobonds, Accuracy
Cette crise de confiance est due à de multiples facteurs :
- Malaise macroéconomique : La demande intérieure en Chine est faible, les pressions déflationnistes persistent et la concurrence s'intensifie, autant de facteurs qui pèsent lourdement sur la rentabilité et les perspectives de croissance.
- Obstacles réglementaires : Les entreprises européennes font état d'un traitement discriminatoire en matière d'accès au marché, de protection de la propriété intellectuelle et de marchés publics.
- Les tensions géopolitiques : Les frictions diplomatiques et commerciales croissantes ont amplifié la pression politique par le biais de mécanismes étatiques.
- Le cloisonnement opérationnel : De nombreuses entreprises, en particulier celles qui possèdent des actifs importants, comme celles du secteur automobile, isolent leurs activités chinoises du reste de leurs activités mondiales, ce qui constitue une manœuvre coûteuse et complexe.
Face à cet environnement, les entreprises adoptent des stratégies variées :
- Doubler d'activité : Environ un tiers des entreprises prévoient de se développer en Chine, notamment les grandes entreprises qui ont déjà réduit leur personnel étranger.
- Couverture : 15% vise à se développer en Chine tout en déplaçant ses activités vers d'autres marchés émergents.
- L'hibernation : Certaines entreprises réduisent leurs activités bien qu'elles aient la capacité de les maintenir.
- Prêts à partir : Un nombre impressionnant de 30% expriment leur intention de quitter la Chine (contre 22% en 2024).
Les taux longs européens : un calme trompeur ?
À première vue, le rétrécissement de l'écart entre les rendements souverains européens et l'indice de référence allemand semble encourageant. L'Italie, par exemple, a atteint son écart le plus bas en 15 ans, grâce à un déficit projeté inférieur à 3% du PIB et à une croissance modeste.
Toutefois, cet optimisme pourrait être déplacé. L'hypothèse selon laquelle l'Allemagne reste une valeur refuge est de plus en plus remise en question. En effet, plutôt que de refléter l'amélioration des profils de risque dans d'autres pays, le rétrécissement des écarts pourrait traduire une détérioration des fondamentaux économiques de l'Allemagne, ce qui donnerait à réfléchir.
Écart de rendement des obligations souveraines à 10 ans avec l'Allemagne

Sources : Macrobonds, Accuracy
L'affaiblissement de l'ancrage de l'Allemagne
Le ralentissement économique de l'Allemagne n'est plus seulement une préoccupation nationale ; il se répercute dans toute la zone euro. En tant que point d'ancrage traditionnel de la stabilité budgétaire et monétaire européenne, toute fissure dans ses fondations risque d'ébranler la confiance générale dans la région.
Le paradoxe est clair : alors que les pays périphériques, comme l'Italie, montrent des signes de discipline budgétaire, le cœur de la zone euro vacille. Si les difficultés économiques de l'Allemagne persistent, la zone euro devra peut-être revoir ses hypothèses en matière de stabilité, de risque et de résilience.