La double transition verte et numérique : détermination pour l'investissement et perspicacité pour la gestion macroéconomique

L'économie mondiale est confrontée à de nombreux défis. À court terme, nous assistons à un rythme inhabituel des prix et à une détérioration des perspectives de croissance, dans des environnements politiques compliqués sur le plan interne dans de nombreux pays et dans un environnement inquiétant sur le plan international (actions de la Russie en Ukraine, de la Chine autour de Taïwan et de l'Iran avec ses voisins arabes). À long terme, le vieillissement des populations est un sujet de préoccupation dans un certain nombre de régions du monde, la "régulation" économique semble s'éloigner du corpus néolibéral au profit d'une approche plus keynésienne, et le vieillissement des populations est un sujet de préoccupation dans un certain nombre de régions du monde. la double transition verte et numérique est en cours.

Arrêtons-nous sur ce dernier point. La transition verte est essentielle. Elle est indispensable à la préservation de la planète et de toutes les espèces qui y vivent. Il faut "décarboner" l'industrie et les transports, réussir la rénovation énergétique des bâtiments et développer à grande échelle les énergies renouvelables. La transition numérique est également indispensable. Il s'agit d'un processus continu visant à permettre aux entreprises, aux administrations et aux ménages d'intégrer les nouvelles technologies (par exemple, le nuage, l'internet des objets ou l'intelligence artificielle) dans de nombreux aspects de leurs activités. Il convient de garder à l'esprit que les transformations nécessaires ne sont pas des questions purement technologiques ; l'aspect humain est très important, avec des adaptations culturelles et comportementales à réaliser.

Le montant des investissements en jeu est impressionnant. Pour la seule zone euro, envisager une enveloppe annuelle de 500 milliards d'euros par an, pendant plusieurs années (certainement pas moins de 10), ne semble pas déraisonnable. C'est du moins l'ordre de grandeur déterminé en résumant certains travaux faisant autorité sur le sujet. Cela représente plus de quatre points de PIB !

Les sommes engagées sont si importantes que s'interroger sur leurs implications macroéconomiques ne serait pas un exercice futile. Proposons une prévision simple jusqu'en 2032. Le point de départ est cette volonté d'investissement liée aux transitions jumelles : 500 milliards d'euros par an, qui, en passant de la monnaie courante à la monnaie constante (la monnaie utilisée pour mesurer la croissance économique - celle du PIB), devient 440 milliards d'euros. Les autres éléments de la demande, y compris les dépenses d'investissement en dehors des transitions jumelles, restent sur la même trajectoire que celle observée ces dernières années, à une exception près : les investissements supplémentaires se traduisent par davantage d'importations et donc par une réduction de l'excédent du commerce extérieur. Pour cet exercice, nous supposons qu'il n'y aura pas de choc de prix ou de politique économique au cours de la période.

LE TABLEAU CI-DESSUS MET EN ÉVIDENCE LES PRINCIPALES IMPLICATIONS À PRENDRE EN COMPTE.

TROIS D'ENTRE EUX SONT PARTICULIÈREMENT REMARQUABLES :

- La croissance du PIB atteindrait 1,5% par an. Si cet exercice de prévision semble raisonnable, force est de constater que le potentiel de croissance est estimé à 1% par an. Bien sûr, on peut considérer que l'effort d'investissement supplémentaire contribuera à plus de croissance. Mais on peut aussi défendre l'idée que, au moins en partie, cette nouvelle accumulation de capital se substitue à la destruction d'actifs fixes devenus obsolètes.

Il ne faut pas non plus oublier les évolutions démographiques qui envoient un message plutôt négatif sur la population active (effet à compenser peut-être par un retour à une situation proche du plein emploi).

Quoi qu'il en soit, un doute subsiste : la quantification basée sur ces hypothèses est-elle trop optimiste ?

- La part de la consommation des ménages dans le PIB diminuerait de 2,5 points sur la période pour atteindre 49,5%. Le niveau actuel n'est déjà pas très élevé : 52% contre une moyenne de 55% entre 1995 et 2010 (et un maximum de 59% en 1980), période qui a donc été suivie d'un déclin progressif. Avec le changement de "régulation" macroéconomique que l'on commence à observer, qui met l'accent sur une croissance plus inclusive, est-ce vraiment crédible ?

- Si le ratio investissement / PIB doit progresser de près de 4,5 points d'ici 2032, l'épargne doit suivre, c'est ainsi que fonctionnent les équilibres macroéconomiques ! D'où cela peut-il venir ? En partie de la baisse de l'épargne en Europe vers le reste du monde. Nous avons parlé d'une baisse du commerce extérieur après tout...

Pour le reste, il faudra choisir entre un effort d'épargne plus important de la part des ménages, une augmentation des bénéfices des entreprises et/ou une diminution du déficit public.

AUCUNE DE CES OPTIONS N'EST ÉVIDENTE.

Le premier nous ramène à la question de la réduction de la consommation des ménages dans le PIB ; nous venons de le voir.

Le deuxième suggère une nouvelle distorsion de la richesse créée en faveur des entreprises. Mais cela pourrait aller à l'encontre du sentiment actuel (nouvelle "réglementation", y compris le développement de critères ESG - environnement, social et gouvernance)...

Le troisième semble raisonnable, bien sûr, mais il n'est pas facile de choisir entre la réduction des dépenses courantes et l'augmentation des recettes fiscales (les investissements publics seraient très probablement protégés).

Si ce scénario n'est pas tout à fait inacceptable, mais qu'il semble encore un peu "foireux", nous devons alors essayer d'imaginer ce qu'il serait raisonnable d'attendre sous la double contrainte de réussir les deux transitions et de ne pas se faire d'illusions sur la croissance économique future.

En fait, l'ajustement ne peut se faire que dans deux domaines : soit (i) sur l'épargne placée dans le reste du monde (la contrepartie de la balance commerciale extérieure), avec la possibilité que les flux s'inversent et que la zone euro doive "importer" de l'épargne étrangère, soit (ii) sur l'épargne placée dans le reste du monde (la contrepartie de la balance commerciale extérieure). sur un ralentissement des dépenses de consommation (qu'il s'agisse d'un ménage ou d'un gouvernement).

La première solution affaiblirait l'Europe sur la scène internationale.

En termes de macroéconomie, l'Europe apparaîtrait moins solide, ce qui renforcerait l'impression déjà donnée par la microéconomie (moindre rentabilité des entreprises de l'Ancien Monde par rapport à celles du Nouveau Monde et moindre présence dans les secteurs de demain) et par la politique (questions non résolues de l'intégration et de son rôle géopolitique). Les équilibres financiers qui en résulteront seront plus incertains, que ce soit en termes de taux d'intérêt ou de taux de change ; il serait impossible de penser autrement.

La deuxième idée, qui s'apparente évidemment à la frugalité, semble difficile à mettre en place dans un environnement plus keynésien, marqué par une ambition de partage des richesses plus favorable aux ménages. A moins, bien sûr, que les pouvoirs publics ne trouvent la formule gagnante pour inciter les ménages à épargner davantage.

Nous le comprenons ; l'ambition de stimuler l'investissement, pour d'innombrables raisons valables, a des effets macroéconomiques déstabilisants. Nous devons les anticiper et nous préparer ; après tout, mieux vaut prévenir que guérir. guérir...