Banques européennes : un écart de plus en plus grand avec les États-Unis

Banques européennes : un écart de plus en plus grand avec les États-Unis

L'écart entre les banques américaines et européennes est colossal, tant en termes de taille que de price to book. Malheureusement, il est peu probable que cela change à court terme, et ce pour plusieurs raisons : premièrement, parce que la réélection de Trump a ouvert la voie à un assouplissement des réglementations, ce qui créera de nouveaux avantages concurrentiels pour les banques américaines ; deuxièmement, parce que le marché européen éprouve de réelles difficultés à se consolider, en partie pour des raisons politiques.

Les banques coopératives allemandes entachées par une série de scandales (Message sur LinkedIn)

Le paysage bancaire allemand traverse une période difficile, marquée principalement par des acquisitions et des tensions politiques. La prise de participation d'UniCredit dans Commerzbank illustre cette dynamique, en soulevant des inquiétudes sur la souveraineté bancaire. Dans le même temps, BNPP a renforcé sa présence en acquérant la filiale de banque privée de HSBC. Ces mouvements reflètent la relative fragilité d'un secteur confronté à une économie en difficulté et à un marché du crédit moribond.

Cette période est également marquée par des difficultés au sein des banques coopératives, qui se retrouvent en proie à des scandales qui ternissent leur réputation et mettent en évidence des failles dans les mécanismes de contrôle. Cependant, leur filet de sécurité et leur modèle de proximité continuent de garantir leur résilience, reconnue par les agences de notation et à laquelle la fédération mutualiste contribue par des mesures visant à renforcer les contrôles.

Ces deux éléments de contexte - l'intrusion d'acteurs étrangers et les difficultés du secteur coopératif - sont la conséquence, au moins en partie, d'une des spécificités de ce marché : le marché bancaire allemand est très fragmenté. En effet, à l'exception de deux grandes banques, il est extrêmement divisé : il compte environ 1 400 banques, dont 400 dans le secteur public et près de 800 coopératives. Le marché devra probablement être restructuré s'il veut survivre.

Fusions bancaires transfrontalières en Europe : mythe ou réalité ? (Message sur LinkedIn)

Les marchés bancaires européens sont relativement diversifiés. En France, depuis plus de 20 ans, les banques se concentrent autour de six acteurs majeurs, avec une rentabilité très modérée sur les activités domestiques de détail. À l'inverse, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne sont très fragmentées - en particulier l'Allemagne, avec ses 1 400 banques, dont près de 400 dans le secteur public et près de 800 banques coopératives.

Ces divergences se traduisent par des priorités différentes. La France cherche à renforcer son modèle universel en diversifiant ses métiers - vers les services financiers et la gestion d'actifs notamment - et sa présence géographique, principalement en Europe. En revanche, l'Italie et l'Espagne misent d'abord sur la consolidation domestique, avec des cibles comme Banco BPM ou Sabadell. Cependant, on ne peut pas dire que les autorités publiques soient d'une grande aide.

En conséquence, les fusions transfrontalières, qui sont cruciales pour pouvoir rivaliser avec les banques américaines, sont rares. Les règles sur la non-fongibilité des capitaux et des liquidités, combinées aux différences de pratiques, de produits et d'infrastructures informatiques, compliquent ces fusions. Ces obstacles s'opposent à l'émergence de champions européens capables d'exploiter pleinement les synergies potentielles, privant l'Europe d'acteurs bancaires de classe mondiale.

L'écart de valorisation croissant entre les banques américaines et européennes (Message sur LinkedIn)

Comme nous l'avons déjà mentionné, les valorisations des banques européennes sont considérablement inférieures à celles de leurs homologues américaines. JPMorgan, avec une valeur de plus de $700 milliards, vaut aujourd'hui plus que les dix premières banques européennes réunies. Plusieurs raisons expliquent cet écart : la croissance plus forte de l'économie américaine, des modèles d'entreprise à plus forte marge dans la banque de détail et la domination des marchés de capitaux par des quasi-oligopoles très lucratifs.

La fragmentation du marché bancaire européen exacerbe cette disparité. L'inachèvement de l'Union bancaire, couplé à des réglementations qui entravent la libre circulation des liquidités, freine la consolidation transfrontalière. Contrairement à la France, où les banques sont concentrées, des pays comme l'Italie et l'Allemagne n'ont pas encore achevé leur consolidation domestique, de sorte que l'Europe ne dispose pas de véritables champions pour rivaliser avec Wall Street.

L'avenir n'est pas de bon augure. La seconde administration de Trump promet une plus grande dérégulation, renforçant encore la compétitivité des banques américaines. En Europe, les réformes nécessaires à l'harmonisation des marchés progressent lentement. Pour contrer la montée en puissance des États-Unis, les recommandations du rapport Draghi doivent être mises en œuvre rapidement. Dans le cas contraire, le fossé transatlantique risque de se creuser davantage.


Nicolas Darbo, associé, Accuracy