Football Episode 3 - Transferts : combien vaut un joueur ?

Deuxième auteur :
Franck Bancel (Conseiller académique)

 

Bien que relativement utiles pour les joueurs "standard", les modèles d'évaluation des joueurs ne fonctionnent plus pour les stars.

Les montants médiatisés des transferts récents (Neymar, Mbappé) ont été très présents dans l'actualité ces derniers temps. Les montants des transferts posent la question de leur valorisation. Ces montants sont-ils justifiés ? Répondent-ils à une logique économique ou ne sont-ils que l'expression de "l'exubérance irrationnelle" chère à Alain Greenspan et à l'œuvre sur le marché des transferts de joueurs ?

Pour commencer, rappelons les facteurs qui déterminent la valeur financière d'un transfert. Tout d'abord, les clubs évaluent le potentiel physique (résistance, vitesse, etc.) et technique (passes décisives, tacles, etc.) d'un joueur. De plus, certains postes, comme celui d'avant-centre, sont très recherchés et valent plus cher à niveau et âge équivalents.

Tout ce qui contribue à la visibilité médiatique d'un joueur augmentera la valeur de son contrat (sélection en équipe nationale, nombre de followers sur les médias sociaux, etc.) Un transfert nécessite également un contrat d'engagement, qui est qualifié d'actif dans le football (une des particularités de la comptabilité du football). Plus l'engagement stipulé dans le contrat est long, plus la valeur du contrat sera élevée, car le club disposera d'un droit d'utilisation plus long.

Enfin, la progression rapide des droits de télévision dans certains championnats (notamment le championnat anglais), l'arrivée d'investisseurs internationaux comme le Qatar ou Abu Dhabi et la mondialisation de l'économie du football ont créé les conditions idéales pour l'inflation des valeurs de transfert des joueurs.

 

1. PAS DE MODÈLE CONCLUANT

La littérature économique et financière propose différentes approches pour estimer la valeur financière des transferts. Certains analystes ont tenté d'expliquer les valeurs constatées à partir de certaines variables (âge du joueur, poste, nationalité, performances sur le terrain et en dehors, etc.) D'autres ont modélisé l'incertitude liée aux performances sportives futures ou encore la capacité d'un club à exploiter pleinement le potentiel d'un joueur.

Aucune de ces approches n'est cependant totalement convaincante lorsqu'il s'agit d'appréhender le marché des transferts dans sa globalité. Trop de paramètres entrent en jeu : il faut modéliser la performance du joueur sur et en dehors du terrain, considérer les caractéristiques du contrat, examiner la capacité financière des clubs acheteurs et vendeurs ainsi que leurs résultats, etc. Le tout dans un contexte où l'importance des différentes variables évolue dans le temps.

 

2. UN "MARCHÉ" TRÈS HÉTÉROGÈNE

Autre difficulté majeure : le "marché" des transferts est loin d'être homogène. La valeur moyenne d'un transfert se situe à des niveaux bien inférieurs aux montants communiqués pour les transferts les plus médiatisés. Pour les joueurs "standards", qui représentent la majorité des transactions, la théorie financière et les modèles en place sont relativement précis. Les clubs disposent de nombreux points de comparaison sur le marché des transferts et peuvent utiliser une approche analogique pour les valoriser.

Le terme "marché" tel qu'il est compris dans la théorie financière n'est cependant pas adapté aux discussions sur les joueurs "stars", en raison de leur extrême rareté et du nombre réduit de clubs capables de les acheter et de les vendre. Il ne semble donc pas approprié d'évaluer les joueurs "stars" en utilisant une approche financière classique.

L'inflation des valeurs de transfert ne profite pas aux clubs concernés car ils doivent réinvestir leurs plus-values dans d'autres transferts et dans les salaires, s'ils ne veulent pas voir leurs performances diminuer. Dans un marché peu régulé, aux flux de capitaux importants et aux ressources rares, il n'est pas surprenant que dans le contexte actuel, les seuls bénéficiaires soient les joueurs et leurs agents.


Article des Echos - 12/09/2017