À la lumière des vastes programmes industriels annoncés récemment dans l'UE et aux États-Unis, dans cette édition de la Note économique, nous donnerons un bref aperçu de l'histoire de la politique industrielle et des quatre phases clés à garder à l'esprit qui pourraient influencer la politique à l'avenir. Nous ferons ensuite un zoom sur la Chine pour examiner son activité économique actuelle et la manière dont le gouvernement gère ses politiques économiques et étrangères.
Les quatre phases du débat sur la politique industrielle : thèmes clés

Avec l'annonce récente de vastes programmes industriels tant par les Etats-Unis que par l'UE - à savoir le Green Deal Industrial Plan, visant à faire de l'Europe le leader des technologies net-zéro, et le CHIPS and Science Act and Inflation Reduction Act, visant globalement à renforcer l'industrie américaine des semi-conducteurs ainsi qu'à réduire les émissions de gaz à effet de serre et le coût d'accès aux soins de santé aux Etats-Unis - il n'est pas inutile de revenir sur l'histoire de la politique industrielle, un concept très en vogue actuellement. Quatre phases clés viennent à l'esprit : la première, des 18e et 19e siècles, introduit le concept d'industrie naissante, qui complète d'autres concepts tels que la division du travail et l'avantage comparatif ; la deuxième, des années 1920 aux années 1960, approfondit l'idée d'industrie naissante - tous les biens ne sont pas identiques (biens de consommation contre biens d'équipement) et les implications intersectorielles.
la quatrième, qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui, se concentre en particulier sur l'efficience et l'efficacité des politiques industrielles adoptées, ce qui nécessite de prendre en considération tous les progrès réalisés au cours des phases précédentes.
Croissance en Chine : un premier trimestre fort et un deuxième trimestre faible ?

20% Regardons maintenant du côté de la Chine pour comprendre ses récentes performances économiques et ses priorités. Le graphique ci-contre présente une répartition de l'activité économique de la Chine par grande composante. On observe une nette amélioration au premier trimestre 2023, qui découle naturellement de l'arrêt de la politique chinoise du zéro Covid, qui entravait fortement l'activité économique du pays. Au deuxième trimestre 2023, on observe un ralentissement des importations et des exportations, et l'investissement immobilier reste médiocre. Le graphique semble montrer que les ventes au détail (consommation) pourraient être la planche de salut de la Chine au deuxième trimestre 2023, l'activité anémique de l'année précédente (lockdowns) n'apportant pas beaucoup de réconfort. Il semble que nous ne puissions pas extrapoler le rebond de la Chine au premier trimestre sur le reste de l'année.
Qu'est-ce que cela signifie pour la politique économique de la Chine ? Pour le gouvernement chinois, il s'agit de soutenir l'activité, mais sans excès. Le soutien à la croissance doit être considéré comme plus prioritaire que la mise en place de réformes. Cependant, le gouvernement ne desserre pas inconsidérément les cordons de la bourse : les budgets publics devraient légèrement diminuer en 2023 en pourcentage du PIB et la politique monétaire restera prudente. Le gouvernement chinois doit maintenir un équilibre délicat entre le soutien à la reprise économique et l'évitement des déséquilibres macroéconomiques et d'un endettement excessif.
La politique étrangère de la Chine doit également tenir compte de ses contraintes économiques. L'isolationnisme chinois n'est pas la réponse idéale aux défis actuels : en effet, la Chine a besoin d'accéder aux technologies étrangères et doit donc entretenir des relations amicales avec l'Europe et au moins limiter les tensions avec les États-Unis. La Russie reste également un partenaire essentiel pour la Chine ; non seulement elle lui fournit d'énormes ressources - tant naturelles que liées à la défense - mais elle renforce également l'influence de la Chine au Moyen-Orient et en Afrique. Enfin, la Russie aide la Chine à s'opposer aux États-Unis ; pour la Chine, la Russie ne peut pas perdre la guerre en Ukraine, risquer de subir des changements structurels et, ce faisant, de s'occidentaliser. Maintenir l'équilibre entre ne pas trop contrarier l'Occident et soutenir la Russie n'est pas une tâche facile.
Les perspectives économiques de la Chine, tout comme celles de l'Occident, restent incertaines. La reprise du premier trimestre 2023, générée par la fin de la politique du zéro covide, s'est rapidement arrêtée au deuxième trimestre de l'année. Il reste à voir comment le pays adaptera sa politique économique (et étrangère) pour soutenir sa croissance économique à l'avenir.